Tous les sexes du printemps, Jean Messagier

TOUS LES SEXES DU PRINTEMPS, JEAN MESSAGIER (1920-1999)

Musée des Beaux-Arts de Dole Du 22 mars au 15 septembre 2019

Comme les méandres du Doubs si chers à Jean Messagier, les sillons que creusent les artistes sur les chemins de l’histoire de l’art sont parfois complexes et tortueux. Messagier, célèbre dès les années 1950, exposé dans le monde entier, ami des peintres, des rock-stars et des poètes, entame la décennie 1980 avec une exposition rétrospective au Grand Palais qui marque alors, paradoxalement, le début d’un certain oubli. Les raisons sont multiples qui font qu’aujourd’hui l’œuvre de cet immense artiste est en partie oubliée, en tout cas méconnue, et fait l’objet, sans doute, d’un malentendu. Messagier, abstrait ? Surgissent alors ces images d’entrelacs colorés, cette peinture dite « de laveur de carreaux », qui fut, il est vrai, celle de ses premiers succès et de sa consécration, mais qui n’est qu’une des facettes d’une œuvre gigantesque et proteéiforme, qui n’a cessée de se mettre en danger et de se réinventer. L’objet de la rétrospective imaginée au musée de Dole en 2019 est de montrer clairement que Messagier travaille au- delà des questions de figuration et d’abstraction, dans une urgence de peindre, de dessiner, de créer, qui a comme principale obsession celle de répondre à la cruelle créativitée de la nature. Messagier, spécialiste ès-printemps, écologiste presque avant l’heure, expérimentateur de la peinture par le gel en hiver, poète de la sève et du pollen, puise son souffle dans celui, vital, libidinal de la nature. C’est la même énergie qui le pousse à toucher à tout, avec une liberté et un désintéreêt manifeste pour l’opinion ou la critique. Peu importe qu’on le dise fou – au contraire même – Messagier le peintre abstrait presque américain n’en a jamais fini avec la figure ou la figuration et se permet dès les années 1970 à la fois de convoquer des images issues de la culture populaire comme Goldorak, le Marsupilami, Betty Boop, des figures glamour comme Lady Di ou Greta Garbo, de bousculer ses maîtres en citant Delacroix, Matisse, Picasso... avec une totale irrévérence. Ces années 1970-80, où vont se faire face la trivialité joviale des œufs sur le plat, des radis, des mille feuilles géants d’un côté et de l’autre la poésie des coquelicots, des pâquerettes, des gels, des monotypes avec impressions directes de feuilles ou de dentelles... Soucieux d’être contemporain de son époque Messagier le sera toujours, et son œuvre, si on l’embrasse autant que possible dans sa globalité, porte à la fois sa signature et l’esprit de son temps. Après les expérimentations débridées des années 1970-80, le tournant 1988-90 sera celui d’un nouveau geste plus concentré, d’une sorte de synthèse où les grands coups de brosse et la couleur ample et roborative, condensent en somme toute l’énergie de l’artiste.

La rétrospective du musée de Dole tentera de montrer l’œuvre de Jean Messagier dans sa plus grande diversité, couvrant l'ensemble de sa carrière de la fin des années 1940 jusqu'aux dernières peintures des années 1990, présentant une centaine d’œuvres, peintures, œuvres graphiques, sculptures ainsi que films et photographies évoquant la dimension performative de son travail. Elle fera la part belle à la liberté de l'artiste, et à sa merveilleuse poésie :

Pour croquer les bonbons d'avril, défroissez le papier des bourgeons : ne le jetez pas, il servira pour mai. Laissez fondre, dans la bouche, les paupières levées lentement, pendant des années. Placez-les sur la langue pour la gastronomie et pour l'amour. Continuez à les laisser fondre même si tous les gels du monde les durcissent, même si le tirage de juillet à quatre épingles est long, même si le bruit de tous les cœurs battants devient fou, même si les échangeurs du matin se détraquent, accélérez la dégustation pour remplir vos sacs à paysage, pour rentrer vos regards, pour comprendre les systèmes informationnels et les algorithmes. Ça va ? (Extrait du journal de l'artiste)

Amélie Lavin et François Michaud, commissaires de l’exposition

 

Musée des Beaux-Arts de Dole
85 rue des Arènes 39100 Dole

Tous les sexes du printemps, Jean Messagier

23 Mars 2019 - 15 Septembre 2019

Musée des Beaux Arts de Dole

Plus d'informations
Demande d'information
Annuler
array(1) { ["transform"]=> array(2) { ["fit"]=> array(2) { [0]=> int(1500) [1]=> int(1100) } ["compress"]=> int(100) } }